Jonathan Tropper – Le livre de Joe

Joe Goffman a passé enfance et adolescence dans la petite ville de Bush Falls et, depuis le suicide de sa mère, il ne garde que peu de bons souvenirs de cette période. Se sentant plus ou moins étranger à sa famille, ayant du mal à réellement s’intégrer dans un groupe, il quitte la ville pour entrer à l’Université et n’y retournera pas avant de longues années. Que fait-il entre temps ? Rien de moins qu’écrire un best-seller, roman directement inspiré de l’histoire de sa vie à Bush Falls, agrémenté de personnages calqués sur ses véritables habitants, lesquels, règlement de compte oblige, il ne prend certainement pas soin d’épargner ! C’est ici que commence l’histoire du Livre de Joe. Toujours en froid avec son passé et ceux qui l’ont habité, Joe se voit pourtant contraint de revenir dans sa ville natale et de renouer avec quelques vieux fantômes… Mais après le cataclysme de son roman, qui, à Bush Falls, est réellement prêt à fêter le retour du fils prodigue ?

 

Un peu répétitif au début, Le Livre de Joe ne met toutefois que peu de temps à vraiment démarrer et l’histoire a tôt fait d’adopter un rythme rapide, entraînant, qui donne petit à petit envie d’aller plus loin. On se laisse vite prendre au jeu, jusqu’à ne plus avoir envie de lâcher le bouquin, pour connaître la suite des péripéties rocambolesques de Joe.

Il s’agit en effet d’un livre plein d’humour qui, souvent, fait mouche. Parfois, l’ironie du personnage principal manque un peu de subtilité et peut paraître forcée, mais lorsqu’il n’essaye pas de trop en faire, l’auteur sait réellement créer des situations cocasses et des réflexions qui le sont tout autant. Pour cela, il faudra cependant passer outre le petit penchant un brin agaçant du protagoniste à l’auto-apitoiement (je suis seul au monde et personne ne m’aime) et à l’autodépréciation (normal, je suis un connard de première).

C’est le risque, ma foi, d’écrire à la première personne. Très personnellement, j’ai toujours un peu plus de mal avec ce genre de récits qu’avec ceux construits à la troisième personne. Ici, j’ai été d’autant plus dérangée (surtout au début) par l’emploi du présent. J’avoue qu’on s’y fait vite et ce qui m’a le plus gênée a finalement été le regard très critique que Joe a sur lui-même, tellement critique qu’il a tout d’un regard extérieur et ses propres réflexions sur l’inutilité de sa richesse, la banalité de son existence ou le ridicule de ses agissements disposent de bien trop de recul pour émaner de lui-même de façon crédible.

 

Mille neuf cent quatre-vingt-six était une bonne année pour être un adolescent amoureux. Le taux de chômage était bas, la Bourse était au top, partout l’optimisme régnait. Nous écoutions de la synth pop joyeuse importée d’Europe : Depeche Mode, Erasure, A-Ha. […] C’était si paisible qu’il avait fallu renvoyer Rambo au Viêtnam pour avoir un peu d’action. Nous n’avions ni internet, ni groupes grunge pour diluer notre innocence dans l’ironie, pas plus que de tueurs en série starifiés ou de films indépendants pour donner de l’attrait aux ténèbres. La joie de vivre était encore considérée comme un truc acceptable en société. [p.120]

 

Presque tout du long, les chapitres alternent entre présent et passé, nous invitant ainsi régulièrement au temps de la jeunesse de Joe, de son adolescence, de son premier amour et de ses premières désillusions. J’ai toujours trouvé ces passages du passé au présent très risqués dans un roman, n’apportant pas toujours grand-chose à l’histoire, placés çà et là plus « pour faire style » que pour autre chose. Ce n’est pas du tout le cas ici et Jonathan Tropper maîtrise à la perfection ces changements d’époques insérés juste là où il le faut, au moment précis où ils sont susceptibles d’apporter quelque chose de plus à l’histoire.

Pour clore cette chronique, j’aimerais dire à quel point Le Livre de Joe est un roman rafraîchissant, qui ne se prive pas pour autant d’aborder des thèmes sérieux, graves même, mais qui le fait avec délicatesse et une certaine pudeur. Je n’ai vraiment pas grand-chose à reprocher à ce bouquin, ce qui est assez rare pour être dit. Ce qui a pu me déplaire ne tient que du détail, comme cette façon absolument irritante qu’a Joe de pleurer toutes les 10 pages (sous la douche, dans son lit, sous la pluie, au volant de sa voiture, dans la cage d’escaliers…) Mais, au-delà de cette habitude qui m’aurait bien donné envie de lui botter le train, de lui demander de se moucher un bon coup et d’essayer de se comporter en adulte, Joe reste un personnage fort intéressant, caractéristique que partagent d’ailleurs la plupart des personnages du livre, originaux et parvenant presque tous (oui, j’ai dit presque) à échapper à la caricature.

 

 

Miss November

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