Goran Tribuson – Le cimetière englouti

En premier lieu, je remercie les Editions Serge Safran pour l’envoi de ce livre. Ce fut un plaisir pour moi, au-delà de la découverte d’un écrivain, de me livrer à celle de mon tout premier auteur croate.

 

Dans Le cimetière englouti, nous faisons la connaissance d’Ivan Hum qui, trente-six ans plus tôt, alors qu’il n’était encore qu’un garçonnet de cinq ans, a quitté sa ville natale pour intégrer un foyer d’orphelins. Aujourd’hui, fraîchement sorti de prison où il vient de purger huit ans pour un crime qu’il ne souhaite pas révéler, pas même au lecteur que nous sommes, le voici de retour sur les lieux qui l’ont vu naître, mais dont il ne conserve absolument aucun souvenir.

Officiellement, Hum est venu y chercher la tombe de sa mère, mais l’on devine bien qu’il est en réalité en quête de quelque chose de plus profond. Son identité ? Ses origines ? Un nouveau départ ou simplement un sens à sa vie ? Personnellement, j’ai eu le sentiment que ce qui guidait ce personnage était surtout la volonté de se sentir enfin appartenir à quelque part. Mais cette ville que sa mémoire a rejetée ne semble pas prête à l’accueillir de la façon qu’il souhaiterait…

Le grand thème de ce livre est donc bel et bien la mémoire. Assez peu optimiste, Ivan Hum cherche non sans une certaine crainte à retrouver les souvenirs perdus de son enfance et c’est, dans un premier temps tout du moins, ce qui motive l’action du roman. Pourtant, il redoute de se souvenir de cette époque autant que de sa vie passée, celle qu’il menait avant la prison et à laquelle il fait tout pour ne plus penser.

 

La petite ville, cadre de l’histoire, se dresse entre les méandres d’une rivière qui, on le comprend très vite, est un personnage à part entière de ce roman – et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si son existence est le premier souvenir qui revient à la mémoire du protagoniste. Celle-ci, au fil du temps, a recouvert sur près de vingt mètres le petit cimetière où l’on suppose que la mère de Hum est enterrée. Je crois que l’on peut voir en ce cours d’eau une image de la mémoire de Hum : elle recouvre le cimetière comme l’oubli recouvre ses souvenirs. Puis elle se fera de plus en plus impétueuse, bientôt gonflée par les pluies incessantes de novembre, emportant tout sur son passage et menaçant d’inonder la ville.

L’atmosphère est très particulière, composée de silences et d’images fixes et incolores, de mouvements lents et d’une brume qui flotte en permanence sur le décor… Elle nimbe la lecture d’un cocon sinistre au cœur duquel on se sent pourtant étrangement bien. L’auteur a su créer une âme à cette ville, à ce paysage, en même temps qu’il y insuffle une profonde tristesse qui nous berce doucement. J’ai beaucoup apprécié cette ambiance, d’abord parce qu’il y en a une, ce qui est loin d’être toujours le cas, mais également parce qu’elle est tout de suite très prenante. Au bout du compte, elle aura eu tendance à me coller un peu le bourdon, mais cela appartient entièrement à l’expérience de la lecture. En effet, j’insiste là-dessus, il s’agit bien d’un roman d’atmosphère. A côté de cela, le rythme est lent (mais sans être poussif), et l’action très fortement limitée. De petites bribes de fantastique sont disséminées çà et là, sans réellement aboutir, ce qui est sans doute mon principal regret.

Etranger sur la terre qui l’a vu naître, Hum semble mener une quête bien vaine, une quête qui, de la façon dont je l’ai ressentie, ne donne son sens à l’histoire que sur les premiers chapitres. Certes, il se passe certaines choses et nous aurons tout du long droit à plusieurs révélations autant sur le protagoniste principal que sur les personnages secondaires, mais j’ai eu la sensation qu’il manquait comme un liant à tout cela.

 

Au-delà de ce sentiment d’inaccompli, j’ai apprécié de me plonger dans cette lecture, assez brève de par son petit nombre de pages (230 avec une police assez large) de même que par la fluidité de son style, qui se lit très bien. Et si j’en garde quelques regrets, une légère frustration due au fait que j’aurais aimé que l’histoire nous emmène encore plus loin, j’en conserve également l’image de toute une panoplie de personnages très étranges et intrigants qui, pour la plupart, m’ont plu, et la vision entre rêve et cauchemar de ce petit cimetière tranquille menacé d’être entièrement emporté par les eaux.

 

 

Miss November

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