Carlos Ruiz Zafon – Le prince de la brume

Le Prince de la brume est le premier roman de l’auteur espagnol Carlos Ruiz Zafon et également le premier livre d’un cycle de trois ouvrages, le Cycle de la brume.

Avec un peu moins de 200 pages, c’est une courte lecture, rapide, impression renforcée par une écriture très fluide. Avec, par-dessus le marché, un scénario assez prenant, on en vient aisément à bout en une seule journée.

Au début de l’ouvrage, une note rédigée par l’auteur lui-même explique que Le Prince de la brume a été pensé pour s’adresser principalement à un public adolescent, mais qu’un double niveau de lecture devrait permettre à tous les âges de s’y retrouver. Diable, je n’avais pas fait attention à ce détail avant de me procurer l’ouvrage ! Moi qui ai vraiment du mal avec la littérature jeunesse ou adolescente, j’ai commencé à avoir quelques craintes et me suis rattachée autant que possible à la promesse d’un style et d’une histoire adaptés à tous. Alors, qu’en est-il réellement ?

Au niveau de l’histoire, la promesse est tenue. Même si l’on suit principalement Max, un jeune garçon de seulement 13 ans, la maturité étonnante (mais parfaitement crédible) de ce dernier évite de tomber dans un récit enfantin. Vivant en Angleterre, Max déménage avec le reste de sa famille (ses parents et ses deux sœurs) dans une petite maison de bord de mer, dans le but de s’éloigner de la grande ville et de s’abriter ainsi de la guerre.

En effet, l’histoire prend pied en 1943 et, à ce sujet, j’ai vraiment trouvé que l’époque avait tendance à se laisser oublier ; j’entends par là qu’au-delà des quelques remarques faites à la situation, notamment lors des discussions entre les personnages, on peut avoir tendance à totalement zapper la date et à se croire tout bonnement en 2017 (ou en 1992, l’année de publication). Les remarques des adolescents sont très contemporaines, à la façon, par exemple, dont on se lamente qu’il n’y ait, dans ce petit village reculé, qu’une bibliothèque et des projections de films les soirs d’été (à moi, ça me parait déjà pas mal pour l’époque et le lieu). Certains détails frôlent même l’anachronisme, tels les bobines de films que les protagonistes retrouvent, réalisés une dizaine d’année plus tôt (donc au début des années 30) et tournés caméra au poing par un enfant de sept ans (précisons que jusqu’à la fin des années 60, ce procédé était réservé au cinéma et que la taille et le poids d’une telle caméra n’aurait pas convenu à un enfant). Quant au village, il pourrait se situer n’importe où sur terre et ne colle pas réellement à l’ambiance typique et particulière des petites bourgades anglaises. De ce côté, donc, j’ai trouvé le cadre géographique et temporel malheureusement mal rendu par l’auteur.

Très rapidement, l’histoire se fond dans une atmosphère brumeuse, mystérieuse, et les événements étranges s’enchaînent, tragiques pour certains, toujours énigmatiques. Le même signe, une étoile à six branches, se retrouve partout, aussi bien dans le vieux jardin abandonné peuplé de statues sinistres qu’au fond de l’océan, auprès de l’épave d’un vaisseau échoué 25 ans plus tôt. Le vieux gardien de phare, unique survivant du naufrage, semble bien être le seul à connaître les réponses aux questions angoissantes que se poseront bientôt Max et sa sœur aînée, Alicia.

La narration, elle, est parfaitement à l’image de la brièveté du roman ; les choses se succèdent rapidement, on ne prend pas vraiment le temps de se poser, les chapitres sont courts, tout passe assez vite. Cela peut être une qualité comme un défaut, selon l’appréciation de chacun. Personnellement, et même si on ne peut nier l’existence d’une véritable ambiance, cela m’a un peu empêché de savourer l’atmosphère du livre, car les événements semblent parfois vite expédiés. D’un autre côté, l’avantage est d’éviter toute longueur et de tenir en haleine d’un bout à l’autre du livre.

C’est peut-être au niveau de l’écriture, de la plume elle-même, que l’on se rend le mieux compte que l’ouvrage est, à la base, destiné aux adolescents. En effet, terriblement neutre, on pourrait presque lui reprocher d’être trop lisse et de posséder aussi quelques lourdeurs. Le suremploi des prénoms, par exemple, en particulier celui de Max : « Max fit ceci. Puis Max alla là. Ensuite, Max rencontra untel. Max le salua. » Un petit pronom « il » de temps à autre serait à ce stade plus que bienvenu. De même pour les parents de ce dernier, presque systématiquement désignés par leur prénom et nom à la fois, ce qui a tendance à créer, je trouve, une distance entre eux et leur fils.

Pour résumer, Le Prince de la brume reste un livre que j’ai englouti d’un coup, avec plaisir. Malgré quelques thèmes somme toute absolument classiques pour ce genre de littérature (le chat comme compagnon maléfique, le pacte avec le démon, le don du premier né…), le tout passe très bien. Il n’y a guère de surprise lors du final de ce petit roman sans prétention et sans réelle originalité, mais du suspense tout du long et un bon rythme qui sait tenir en haleine.

 

Miss November

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