Tim Powers – Les voies d’Anubis

Voici un bouquin qui attendait patiemment dans ma bibliothèque depuis, à vue de nez, près de vingt ans. Si je ne me souviens plus de l’âge exact que j’avais au moment où j’en ai fait l’acquisition, je me rappelle l’avoir voulu à l’instant même où mes yeux se sont posés sur son titre, très évocateur de l’Egypte antique pour laquelle je me passionnais alors, comme souvent les enfants. Je n’eus même pas à lire la quatrième de couverture pour m’en convaincre : ce livre était fait pour moi !

Sauf que. Je me dois d’avouer que l’appréhension des Voies d’Anubis s’est révélée assez laborieuse. Je me souviens bien avoir essayé, en avoir engagé la lecture une, peut-être même deux fois. Mais mon jeune âge, car je devais à peine avoir dix ans, ne m’a probablement pas permis d’assumer l’écriture très mâture de ce roman et je me souviens de la difficulté éprouvée, voire d’une légère lassitude dès les premières pages. Sans doute le fait que l’action y débute en pleine époque contemporaine pour se poursuivre, assez rapidement, dans l’Angleterre du début du XIXe siècle y fut pour quelque chose ; pas vraiment d’Egypte antique en vue, malgré ce que j’en avais espéré. Et je laissai alors l’ouvrage de côté pour en revenir à mon maître à penser d’alors, Christian Jacq.

Finalement, je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai récemment mis sens dessus dessous le petit placard où sont rangées pèle-mêle mes anciennes affaires pour finir par retrouver ce petit livre de poche que je cherchai avidement. Quel détail a bien pu, sans que je m’en rende compte, frapper mon esprit au point de faire remonter le souvenir du bouquin et de me donner une si furieuse envie d’enfin le lire. Pour de bon. Je n’en ai aucune idée, mais, s’il s’est agi d’un hasard, disons seulement qu’il fut heureux.

 

Les Voies d’Anubis arrive à accorder selon une articulation littéraire qui frôle la perfection une variété de thèmes aussi mystérieux que dérangeants, pour certains, autour d’une trame principale particulièrement riche et bien ficelée. L’action, haletante, solide, étourdissante d’originalité, court de tavernes bruyantes en égouts sordides, se noue autour de personnages savants, difformes, héroïques ou rongés par une profonde et sombre folie qui vous fera frissonner en même temps qu’elle absorbera immanquablement votre lecture. Lire ce roman, c’est plonger dans les bas-fonds de Londres dominés par d’intrigantes guildes de mendiants, croiser le regard glaçant d’un clown sur échasses (peut-être le personnage le plus malsain que j’ai eu l’occasion de rencontrer au cours de mes lectures), respirer des relents de vieille magie tout en dégustant un cognac, le papier épais d’un précieux recueil de poésie crissant sous ses doigts. Tout ceci en compagnie de Brendan Doyle, parachuté plus ou moins volontairement plus d’un siècle et demi dans le passé et piégé malgré lui dans une époque dont il sait tout en théorie et bien peu de choses en pratique. Pourchassé sans relâche, il nous mènera à la rencontre de toute une ribambelle de personnages hauts en couleur qui nous ferons prendre conscience que ceux que l’on croise ne sont pas forcément ceux que l’on croit et qu’un nom ou un visage peut en cacher un, voire plusieurs autres… Dès les premières pages, le ton est d’ailleurs donné et nous brûlerons de découvrir qui furent vraiment le mystérieux poète Ashbless, dont le protagoniste peine à écrire la biographie faute d’informations à son sujet, ou le dangereux Joe Face-de-Chien derrières les rumeurs qui le décrivent comme un loup-garou.

 

L’auteur a choisi de diviser son ouvrage en deux parties (et non deux tomes), Le visage sous la fourrure et Les douze heures de la nuit. J’ai personnellement plus apprécié la première, la seconde présentant, à mon humble avis, quelques passages un peu plus décousus (notamment les événements se déroulant en Egypte qui ne m’ont pas parus réellement nécessaires). Voilà sans doute la seule chose que je peux reprocher au livre qui, à force d’idées géniales, présentes jusque dans les tout petits détails, aura vite fait de laisser oublier les éventuels points un peu moins costauds ou intéressants du reste du récit.

Par ailleurs, j’ai réellement apprécié ce Brendan Doyle, personnage plein de ressources, rusé autant qu’il semble désespéré, et qui nous offre quelques dialogues bien mordants ainsi que de savoureuses réflexions. Autour de lui gravitent bien d’autres caractères, intrigants, intelligemment construits, qui tous ont clairement leur place dans le récit.

Est-il réellement nécessaire d’en dire plus ? Je me restreints volontairement sur l’exposé du contenu et de l’histoire, puisque rien ne pourrait égaler le plaisir de la découvrir par soi-même et, très franchement, je détesterais que mes mots en donnent une idée faussée. Je joue donc la prudence en me contentant de coucher ici mon coup de cœur tonitruant pour Les Voies d’Anubis, espérant que, de ceux qui passeront par ici, certains auront assez confiance en mon jugement pour se lancer à leur tour dans la lecture de ce petit chef d’œuvre qui compte très clairement, à ce jour, au nombre de mes meilleures lectures.

 

 

Miss November

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