China Miéville – Perdido Street Station 1

Nouvelle-Crobuzon est une cité tentaculaire, surpeuplée, où évoluent aussi bien des humains que toute une panoplie d’autres espèces ayant chacune ses particularités, dans les dédales sales et souvent dangereux de ses avenues et ruelles. Au cœur de cette mégalopole grouillante vivent Isaac, humain, un scientifique jovial, savant très ouvert sur son monde, et Lin, sa maîtresse, une talentueuse artiste Khépri, une race oscillant entre une apparence humaine et insectoïde, « scarabe ». Au cours de la lecture de cette première partie de Perdido Street Station (car il y en a une seconde, que je n’ai par ailleurs pas encore lue, la première ne pouvant, à elle seule, pas s’enorgueillir d’une véritable fin – vous êtes avertis) nous allons suivre les expériences d’Isaac, tentant de rendre le don du vol à un Garuda (homme-oiseau), fascinante et grandiose créature ayant perdu ses ailes pour des raisons encore à peu près obscures. A côté de cela, nous contemplerons les efforts de Lin pour réaliser une œuvre qui la fascinera autant qu’elle la révulsera, le tout en nous confrontant nous même à l’ambiance cyberpunk (plutôt que vraiment steampunk, selon moi), très particulière, de Nouvelle-Crobuzon, à ses habitants et à leurs mœurs étranges.

En début de livre, Miéville nous fait un court topo sur ses influences principales, parmi lesquelles il ne cite pas Terry Pratchett. Pourtant, dès les premières pages (et c’est une impression qui m’aura suivie jusqu’aux dernières d’entre elles) je me suis crue à Ankh-Morpork (les lecteurs des Annales du Disque-Monde comprendront), certes en plus contemporain, voire futuriste, façon SF, mais Ankh-Morpork quand même, la même cité avec ses cours d’eau immondes, sa saleté et sa puanteur, ses temples dédiés aux petits dieux, son quartier des voleurs qui se rapproche très fortement des Ombres morporkiennes ou encore son pseudo quartier des alchimistes dont les relents magiques ne sont pas sans rappeler ceux qui émanent de l’Université de l’Invisible (avec exactement le même genre de conséquences contre-nature). L’inspiration (pour ne pas choisir un autre terme) est pour moi si évidente qu’il me semble de mauvais goût de ne pas l’avoir d’emblée annoncée. D’autres petites choses encore sont assez « pratchettiennes », ainsi que les explications données sur les différentes religions inventées ou encore, peut-être dans une plus petite mesure, les noms propres, tout simplement.

Passé cela, l’univers de Miéville possède tout de même ses particularités bien à lui. Très riche, peut-être même un peu trop pour un roman qui, tout bien considéré, n’est pas si épais, même s’il se lit en deux parties, c’est un terrain particulièrement propice aux truculences d’une imagination fertile. Ceci dit, certains concepts, comme la très grande diversité de races évoquées, par exemple, sont plus survolés que réellement explicités. Certes, des descriptions sont toujours données, mais la plupart d’entre elles restent assez peu détaillées, ce qui risque d’en décevoir certains.

Un plan de la ville fourni en début de livre aide grandement à visualiser les déplacements et à se construire son petit décor. En effet, Nouvelle-Crobuzon étant quasiment un personnage à part entière, peut-être même le principal protagoniste de l’histoire, c’est une bonne chose de recevoir cette aide très utile à la situation de l’action dans l’espace. Les déambulations de Lin, d’Isaac et parfois d’autres encore sont très régulièrement décrites et l’on peut vite s’y perdre. Ici encore, et toujours selon mon avis très personnel, il n’était sans doute pas nécessaire d’en faire autant. Certains chapitres, si on les amputait de leurs parties « Untel se rend à X lieu, au-delà du quartier Y, passe par Z et en revient » avec listes à rallonge de noms de rues, description du paysage urbain, arrêt sur image sur l’architecture délabrée… eh bien ces chapitres se trouveraient finalement réduit à 2 ou 3 pages maximum. Alors, certes, cela contribue à l’atmosphère de l’histoire, mais apporte aussi des longueurs et surtout des répétitions que l’on aurait pu s’épargner.

Je dirais finalement que ce livre se lit malgré tout très bien, l’histoire se tient, l’écriture est fluide, même assez agréable, les personnages ont une vraie personnalité, ce ne sont pas des clichés que l’on croise pour la millième fois au détour d’une page, et pour tout ceci, j’ai apprécié Perdido Street Station. Après quoi, je dois dire que rien ne m’a particulièrement subjugué non plus et, arrivée au bout, j’ai eu comme une étrange impression d’avoir à peine eu le temps de commencer ma lecture. Ceci probablement dû au fait qu’en y réfléchissant bien, il ne se passe pas grand-chose, peu d’action est rapportée et au-delà des descriptions des lieux et des réflexions des protagonistes principaux (qui ne sont par ailleurs pas dénuées d’intérêt), il est possible que le lecteur en quête d’aventure reste sur sa faim. Si vous avez lu le résumé concocté dans le premier paragraphe de cette chronique, sachez déjà que vous savez presque tout de l’histoire – seule les 80 dernières pages (approximativement) iront enfin un peu plus loin… Pour tout dire, j’ai eu l’assez claire impression d’avoir lu seulement l’introduction à la « vraie » histoire, que je suppose (et espère) être racontée dans le volume suivant.

Pour l’heure, je me pose vraiment la question quant au choix de lire cette suite, justement, qui porte le même nom que le présent volume. Je suis en proie à une grosse hésitation car, comme je l’ai dit, ce fut une bonne lecture, mais il n’y a pas eu d’étincelle. Je suis un peu indifférente au devenir de tout ce joli petit monde et d’un autre côté je me dis que ça peut tout de même valoir la peine d’aller chercher plus loin, maintenant que l’histoire est réellement lancée, en mouvement. Affaire à suivre, donc…

Miss November

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